Une femme avec des cheveux bouclés, portant une chemise blanche, tient une rose rouge dans la bouche et semble s'exprimer, avec une autre personne partiellement visible en premier plan sur la droite.

crédit photo: Cyrielle VOGUET   

ANDROMAK

Teaser

Kourtrajmé, de l’école à la scène

Si le blaze est familier, c’est parce que « Kourtrajmé » résonne aujourd’hui comme une signature : celle d’un mouvement émancipateur, porteur d’une vision alternative du cinéma et de la création. Né en 1994 sous l’impulsion d’artistes comme Kim Chapiron ou Vincent Cassel, c’est au croisement des disciplines et contre un système culturel excluant que le collectif s’est déployé, ouvrant la voie à une génération bien décidée à reprendre sa place dans le récit national. Depuis 2018, l’esprit Kourtrajmé irradie dans ses propres écoles, offrant aux jeunes des quartiers populaires une palette de formations artistiques 100% gratuites. À Montfermeil, la section acting dirigée par Sébastien Davis et Ludivine Sagnier a fait du plateau un véritable espace d’effervescence, au point de lancer en 2022 une troupe professionnelle au nom tout indiqué : la Compagnie Kourtrajmé. Portée par sa diversité comme par sa cohésion, celle-ci a trouvé un terrain de recherche particulièrement fertile dans sa rencontre avec Cyril Cotinaut, réputé pour placer le travail de l’acteur·ice au cœur de son théâtre. Fort d’une longue expérience des tragédies antiques et classiques (Electre de Sophocle – 2011 ; Agamemnon d’Eschyle – 2014 ; Timon d’Athènes de Shakespeare – 2016…), le metteur en scène a initié avec les interprètes un laboratoire de jeu à partir du mythe racinien d’Andromaque. Et ce qui, au départ, s’annonçait comme un exercice a pris la forme d’un premier spectacle !

Avec Andromak (2024), la Compagnie Kourtrajmé vient raviver à des siècles de passions humaines.

Un homme debout, portant un t-shirt noir, avec un regard sérieux, dans un environnement sombre avec un éclairage concentré sur lui.

crédit photo: Cyrielle VOGUET   

Racine 2.0

Sublimée par Racine, l’histoire d’Andromaque s’impose depuis 1667 comme un pur chef-d’œuvre classique. Alliant rigueur de l’alexandrin et puissance des affects, le drame est implacable : Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, elle-même fidèle au prince Hector, assassiné au cours du siège de Troie.

À priori, rapprocher ce texte quadricentenaire des réalités de la Compagnie Kourtrajmé aurait de quoi surprendre, tant la distance qui les sépare semble infranchissable. Et pourtant… Résolu à jeter une passerelle entre les langues, les classes sociales et les époques, Cyril Cotinaut ose le dialogue entre tradition et modernité.

Sur une scène dépouillée, huit interprètes entrent comme sur un ring pour donner vie à la célèbre tragédie. Les vers s’y déploient comme autant de punchlines, dont le rythme – clin d’œil au rap et à l’art des battles – amplifie chaque déclaration d’amour, injure ou revendication d’honneur. À cette joute verbale s’additionne une prose toute contemporaine, composée à partir des vies de la troupe elle-même. De là un décalage savoureux, où l’humour exhalé de l’argot et des caricatures de drague flirte avec l’émotion. Entre les lignes raciniennes, on glisse de réflexions en confessions, à la rencontre des petites et grandes histoires qui font les blessures de chacun·e : violence conjugale, enfance mal aimée, répercussions de la guerre d’Algérie ou du conflit entre Ottomans et Serbes… Assez pour mettre à jour les liens profonds qui unissent cette jeunesse aux personnages qu’elle incarne. En restituant un monde où la démonstration passionnée ou vengeresse de soi l’emporte sur le sens commun, Andromak trahit finalement l’absence d’intimité qui précipite le cycle de la haine et la chute de ses héros·ïnes. Un fatum au présent, tendu comme un miroir par une génération dotée de la plus claire des armes : son intranquille lucidité.

Justine Taillard

Un homme devant, des femmes en arrière-plan dans un environnement sombre.

crédit photo: Cyrielle VOGUET   

Générique

Mise en scène Cyril Cotinaut

Avec Habib Adda, Dayana Bellini, Wacil Ben Messaoud, Moussa Cissé, Vera Cupic-Vojnovic, Gradi Kumbi, Ana Lorvo, Kahina Lahoucine

Lumières Andrea Vida

Collaboration artistique Sébastien Davis, Ludivine Sagnier

Chargé de production Jean Gabriel Davis

Production Compagnie Kourtrajmé

Coproductions Châteauvallon-Liberté, scène nationale de Toulon | Château Rouge – scène conventionnée d’Annemasse | Théâtre Jean-François Voguet, Fontenay-sous-Bois | Ateliers Médicis, Clichy-Montfermeil

Avec le soutien de l’Adami et du CENTQUATRE-Paris