crédit photo: @kopeto
Don’t Disturb
Service Public
« Don’t disturb est une variation acide, amoureuse d’un service public qui se délite.
Une médiathèque en déliquescence doit subir d’importants travaux, pour endiguer un problème d’humidité, en acceptant une restructuration de son espace. La vie en ce lieu devient absurde à mesure que la moisissure se révèle incontrôlable.
Les bibliothèques sont nos dernières forteresses d'enfance, où se croisent histoires minuscules, chefs d'œuvres, vieux, jeunes, précaires ou bien-né.e.s; un lieu idéal pour notre rencontre. »
Claire BARRABÈS
« Nous nous tenons les uns aux autres pour garder l’équilibre.
Comme un enchevêtrement de linges vivants.
Des gens qui ne se connaissent pas mais qui se tiennent. »
Bloquons tout
Nous manquons d’air pur, d’oxygène, nous étouffons sous le poids des règles qui s’accumulent, des contraintes à respecter, des normes de sécurité, des absurdités administratives et surtout, nous souffrons de l’incapacité de nos dirigeants à se mettre au service du peuple. Il s’agit dès lors moins de soutiens qu’ils offrent au public que de « problèmes » qu’ils essayent d’éviter. Le peuple est un problème.
Notre cher service public français est-il en bout de course ? Comment faire pour que cet idéal, construit sur nos impôts et arraché aux mains des capitalistes néo-libéraux de tous temps, issu du Front Populaire de 1936, puisse survivre quasiment un siècle après son avènement ?
Les personnages de Don’t disturb essayent tous, tant bien que mal, de prolonger l’utopie. Ils luttent et se sacrifient même parfois, tout attachés qu’ils sont à bien faire leur travail. Ils sont les premières lignes, la chair à canon, les invisibles, les petites gens. Ils ont leurs travers aussi, leurs petits pouvoirs qu’ils font subir sur ceux qui en ont moins: il y a toujours un plus petit que nous sur lequel nous pouvons décharger les frustrations accumulées… Tous à la fois victimes et responsables.
Qu’attendons-nous pour nous insurger ? Faire la révolution ? Elle a déjà eu lieu paraît-il, en 1789, en 1968, en 2018 avec les Gilets Jaunes, cette année avec Bloquons tout.
« Don’t disturb, nous disent-ils, ça ne sert à rien »… Vraiment ? La question est là, posée devant nous comme le nez au milieu de la figure. Claire Barrabès nous la balance en pleine gueule, avec ses situations crues, violentes, absurdes: « Vraiment ? On ne peut vraiment rien faire ? » Et pourtant il faut bien vivre, travailler, continuer ! Mais on fait comment alors !?
Au fil des scènes notre société, représentée ici par une médiathèque, devient de plus en plus comme une maison qui rend fou. Le directeur lui-même semble avoir complètement perdu la raison. Nous vivons dans un asile de fous dirigé par des aliénés. Nous y faisons la fête et nous y enivrons pour oublier que tout cela n’a pas de sens. La fin de la pièce, magnifique, pleine d’espoir et de bon sens, vient nous éclairer sur ce qui risque d’arriver au lendemain de la fête… une bonne grosse gueule de bois remplie de honte.
Et avec elle, la remise en question inévitable.
Générique
Texte Claire BARRABÈS
Mise en scène Sébastien DAVIS
Avec Mohamat Amine BENRACHID, Abdallah CHARKI, Antoine CID, Gradi KUMBI, Romane MICCOLI, Lucye MOLANGI-LIKOTE, Lisa NYARKO, Valentine SOUTIF
Lumières Andrea VIDA
Chants Lilia RUOCCO
Percussions Corporelles Cheikh SALL
Chorégraphies Virgile DAGNEAUX
Chargé de production Jean Gabriel DAVIS
Production Compagnie Kourtrajmé
Coproduction Château Rouge – scène conventionnée d’Annemasse
Avec le soutien de l’École Kourtrajmé-Montfermeil, de l’Adami et du CENTQUATRE-Paris