Un homme à tresses longues, portant une tunique noire, s'occupe de moutons dans un environnement avec des murs ornés de carreaux décoratifs, en noir et blanc.

Le Dernier Aïd

crédit photo: Sonia Camélia Moussaid   

Une Histoire de Famille

Le Dernier Aïd est un seul en scène qui nous plonge dans les dernières vingt-quatre heures d’une boucherie de Port-de-Bouc.

Fondée par un père immigré qui espère transmettre silencieusement à son fils sa boucherie, fruit d’une vie de travail, il se retrouve confronté au refus de ce dernier de reprendre l’affaire familiale car il rêve de devenir acteur à Paris.

Au travers d’une galerie de personnages hauts en couleurs tels que les employés, les apprentis, les clients et les amis de la famille, nous sommes témoins de ce dernier Aïd à la boucherie - à la fois célébration de la fête du mouton et jour de deuil, en cette veille de fermeture définitive. 

Cette tension entre tradition et émancipation est imbriquée en filigrane dans un récit plus vaste : celui du sacrifice d’Ibrahim.

Le mythe est le miroir

Le sacrifice d’Ibrahim, au cœur de la fête de l’Aïd, devient ici une métaphore puissante qui traverse toute la pièce. Ibrahim, à qui l’on demande de sacrifier son fils, reflète le dilemme contemporain d'un père qui doit laisser partir son enfant tout en luttant contre le poids de ce qui est traditionnellement convenu. 

Comment comprendre l’injonction qui est faite à Ibrahim et qui nous apparaît clairement comme anti-naturelle ? 

Un effort nous est demandé. La vie d’un croyant n’est pas une vie passive et elle nous demande parfois de nous séparer de ce qui nous est le plus cher. La fête de l’Aïd devient ainsi un miroir du conflit psychologique : un fils qui tente de tuer symboliquement le père, alors que ce dernier est confronté à l'idée de sacrifier le lien avec son enfant pour lui permettre de vivre ses propres rêves. 

Dire que ce spectacle est inspiré de faits réels serait un euphémisme.

Une personne en tenue blanche avec une capuche, semblant faire une gestuelle, sous un éclairage sombre

crédit photo: Gilbert Caneri   

Traditions, artisanat et filiation

Je suis né et j’ai grandi à Port-de-Bouc, mon père y a créé la boucherie halal « La Charolaise »… et aujourd’hui je suis acteur. 

Mais là n’est pas la question. Le fait que j’ai appris et pratiqué le métier de boucher depuis mes 14 jusqu’à mes 30 ans révolus n’est que le terreau d’une réflexion plus vaste autour du poids des traditions, de l’artisanat, du déracinement et des ambitions personnelles. Mon histoire, c’est celle de milliers, voire de millions, de français d’aujourd’hui, celle d’une société à bout de souffle et d’une jeunesse qui ne sait plus comment se positionner à l’intérieur de celle-ci.  Mon père espérait que je reprenne la boutique familiale. 

J’ai choisi un autre chemin : celui de la scène et du jeu d’acteur. 

Mais en incarnant mon père sur scène, en coupant d’imaginaires quartiers de viande sur les planches, les gestes se poursuivent. Mon père est en moi et je suis l’héritier d’un savoir-faire qui transcende le temps. Alors certes je ne vends pas de la viande. Je partage mon histoire en essayant d’y incorporer amour, tendresse et humour. Et cela aussi, c’est une nourriture.

Une formation déterminante

L'École Kourtrajmé que j'ai intégrée il y a trois ans a joué un rôle clé dans ma démarche. En tant qu’enfant issu de l’immigration algérienne, je me reconnais dans la mission de cette école qui vise à donner plus de visibilité aux minorités dans les milieux du cinéma et du théâtre. Alors certes, les clients de la Charolaise et des boucheries halals de France ne comptent en général pas parmi les habitués des salles de théâtre et pourtant mon spectacle s’adresse à eux en premiers. Au travers de ces nouveaux récits portés par des gens issus de la « diversité » notre France se réveille peu à peu de la cécité volontaire, de la surdité insolente, portée depuis trop longtemps par les classes dominantes. Cela fait du bien. Il était plus que temps.

Wacil Ben Messaoud

De nombreux fidèles musulmans prient à l'extérieur dans un grand espace ouvert, certains assis par terre, d'autres debout ou en prière, avec des drapeaux et un bâtiment architectural au fond.

crédit photo: Sonia Camélia Moussaid   

Générique

Jeu, texte et mise en scène Wacil BEN MESSAOUD

Regard extérieur Sébastien DAVIS

Lumières Andrea VIDA

Chargé de production Jean Gabriel DAVIS

Production Compagnie Kourtrajmé

Coproduction Théâtre Jean-François Voget, Fontenay-sous-bois

Avec le soutien de l’École Kourtrajmé-Montfermeil, du théâtre Le Sémaphore, Port-de-Bouc et de la Ville de Port-de-Bouc