« Le Dernier Aïd », pièce de boucher
Par Mathieu Perez - Le Canard Enchaîné — 10 mars 2026
À l'occasion du festival Kourtrajmé, Wacil Ben Messaoud raconte seul en scène les derniers moments de la boucherie halal familiale dans laquelle il a travaillé avant de se lancer sur les planches. Il réussit avec brio la chronique d'une transmission et d'une émancipation.
L’école d’acteurs Kourtrajmé, dirigée par Ludivine Sagnier et Sébastien Davis, et installée à Montfermeil (Seine-Saint-Denis), prend ses quartiers au Théâtre de Belleville jusqu’à la fin du mois de mars.
Pour l’ouverture de ce festival, Wacil Ben Messaoud joue (et signe) un seul-en-scène qui raconte les dernières heures précédant la fermeture définitive d’une boucherie halal de Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône), tenue pendant des lustres par son père, venu d’Algérie, et où lui-même a travaillé depuis ses 14 ans jusqu’à la trentaine.
Sur scène, il interprète des clients hauts en couleur, des apprentis encore verts, etc. Mais la pièce ne se limite pas à croquer la vie dans une boutique de quartier. Elle parle de la transmission d’un savoir-faire, de la précision du geste, du respect presque sacré de la viande.
Et il y a le côté social : Wacil Ben Messaoud ne veut pas revivre la vie rude de la génération précédente. Il rêve de théâtre, mais son chemin est semé d’embûches. Couper le cordon sans renier l’héritage, voilà le défi. Il le relève haut la main : de Port-de-Bouc aux planches parisiennes, il troque la viande pour les mots et nous les sert sur un plateau.
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Wacil Ben Messaoud pris entre la tradition et le désir des planches dans un récit passionné et teinté d’humour
Par Jade Sauvanet — baz-art — 26 mars 2026
5h du matin. Wacil s’apprête à quitter la boucherie de son père de Port-de-Bouc. Il s’apprête à rejoindre Paris pour devenir comédien. Ce n’était pas prévu.
Le duo s’arrête après 16 ans de transmission, laissant une seule solution pour le père : vendre la boucherie et rompre la tradition familiale. Wacil se raconte et raconte ces années de formation qui l’ont marqué, les clients et apprentis hauts en couleur avec le ton change lors des dernières heures mais aussi cette culpabilité à rompre une tradition familiale. L’adresse au public est passionnée et souligne le poids de la transmission familiale notamment pour les 2ème et 3èmegénérations d’immigrés en France. Le fil entre l’art et l’artisanat se tisse au gré du nœud intime qui se dénoue. Dans ce nœud, le lien père-fils doit mourir pour revivre sous une autre forme.
Cette tension entre tradition et émancipation est imbriquée en filigrane dans un récit plus vaste : celui du sacrifice d’Ibrahim. Au cœur de la fête de l’Aïd, la métaphore traverse toute la pièce. Ibrahim, à qui l’on demande de sacrifier son fils, reflète le dilemme contemporain d'un père qui doit laisser partir son enfant tout en luttant contre le poids de ce qui est traditionnellement convenu.
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